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Publié : 13 février 2014

Reportage radio sur l’enseignement du chinois

SOURCE : FRANCE INFO PLUS
REPORTAGE : Lundi 3 Février 2014 à 05:15

Les Chinois du monde entier fêtaient ce week-end le Nouvel An. Nous sommes entrés dans l’année du cheval de bois. France Info profite de ces célébrations pour vous parler de la langue chinoise. Le mandarin est désormais la cinquième langue la plus apprise par les collégiens et lycéens. Les inscriptions ont augmenté de 400 % en 10 ans !

Plus de 37.000 collégiens et lycéens apprennent le chinois.
Elèves de seconde au lycée Carnot à Paris (XVIIe)

Aujourd’hui plus de 37.000 élèves apprennent le chinois. La moitié sont des collégiens, l’autre moitié des lycéens. N’allez pas croire que ce sont des enfants d’immigrés. La très grande majorité des élèves ont bien pour langue maternelle le français. C’est le cas dans les six classes sinisantes du lycée Carnot dans le XVIIème arrondissement de Paris. Tous suivent trois heures hebdomadaires de cours avec leur professeur, Shizhong Su.
3.000 caractères à intégrer

Chaque séance débute par une série de récitations à haute voix en cœur. L’idée est - à force de répétitions - de leur faire assimiler la prononciation. Mais malgré ce côté très scolaire, apprendre le chinois "c’est une exploration", dit le professeur. "D’abord il y a le jeu des intonations. Le chinois est une langue quasi musicale. Et puis les 3.000 caractères à apprendre sont autant de découvertes. Apprendre le chinois, c’est pénétrer un tout nouvel univers", ajoute l’enseignant qui lui-même raconte être tombé amoureux du français en lisant les classiques de la littérature.

S’il adore la langue de Molière, Shinzhong Su est un brin agacé par l’expression populaire "c’est du chinois", utilisée pour décrire quelque chose de compliqué. "C’est injuste parce qu’en réalité le chinois n’est pas une langue complexe", explique-t-il en riant. Etonnement, lorsqu’on interroge les élèves de sa classe de seconde, eux non plus disent ne pas trouver cette langue particulièrement difficile. "Au début, on apprend les différentes clefs, les tons. Ensuite il n’y a que du ’par cœur’, cela devient donc de plus en plus facile. Et on ne s’encombre pas de grammaire et de conjugaison", commente Elisa, 15 ans.

Le chinois ne serait donc pas plus compliqué que bien d’autres langues. Il prend en revanche plus de temps à apprendre. Quasi tous les professeurs de chinois vous expliqueront qu’il faut y consacrer au moins 20 minutes chaque soir. Pour cette raison, beaucoup d’élèves commencent dès la 6ème, en même temps que l’anglais.
Chinois, allemand, même combat

Dans les premières années d’enseignement, le chinois était un peu l’allemand d’il y a 20 ou 30 ans : l’assurance d’être avec de bons élèves. "Tout le monde sait bien que les classes de chinois sont des classes d’élite", s’amuse Eva, 15 ans."Ce sont mes parents qui m’ont poussé à faire du chinois pour avoir un vrai atout à ajouter à mon CV", renchérit François.

Une autre jeune fille explique qu’elle adore rencontrer des ressortissants chinois, à l’aéroport, dans Paris ou à l’étranger pour tenter de leur parler dans leur langue maternelle. "C’est bien plaisant de se dire que grâce à ce qu’on a appris longuement, on peut interagir avec des personnes qu’on aurait normalement complètement ignorées", dit-elle. Son plaisir : entamer la conversation en mandarin avec les chauffeurs de taxis parisiens d’origine chinoise."A tous les coups, ils sont surpris. C’est marrant de voir leur réaction" sourit-elle.
Un pari sur l’avenir

Du côté des parents, on ne cache pas non plus que faire apprendre le chinois à sa progéniture, c’est faire un pari sur l’avenir, c’est penser aux débouchés professionnels à long terme. Virginie, la quarantaine, a une fille en 1ère et un garçon en 5ème. Tous les deux apprennent le chinois. Elle en est fière car pour elle, "c’est une ouverture sur le monde extraordinaire, une chance dont ils ne se rendent pas compte aujourd’hui, mais qu’ils réaliseront quand ils seront adultes, et même dès qu’ils auront le Bac en poche".

La fille de Virginie ne songe pas à s’orienter particulièrement vers les langues orientales. C’est le cas de très peu d’élèves de ces classes de chinois. Ils choisissent les mêmes filières que n’importe quels lycéens : commerce, ingénierie, journalisme, ou bien d’autres métiers encore. Et quelle que soit la carrière qu’ils se destinent à embrasser, ils savent que le chinois leur servira à un moment donné. Un manque de professeurs Au lycée Carnot, quantité d’élèves ont déjà eu la chance de faire un voyage de classe en Chine.

De plus en plus d’établissements proposent des échanges linguistiques avec de jeunes de l’Empire du milieu. Cette idée aurait été complètement saugrenue il y a vingt ans. Joël Bellassen est inspecteur général de chinois - comprenez "Mr chinois" - au ministère de l’Education nationale. Il a été l’un des tous premiers Français à apprendre cette langue au début des années 70 et il se réjouit d’un tel succès. "A mon époque, quand je disais aux gens de mon entourage que j’étudiais le chinois, la plupart croyaient que c’était une blague, une plaisanterie. Et même quand je restais sérieux et que je le répétais, ils restaient incrédules. Ca paraissait insensé", se souvient l’inspecteur.
Pas assez de professeurs

Le chinois langue incongrue au départ est donc devenue une langue en vogue. Et la mode ne semble pas prête de s’éteindre. L’enseignement du chinois subit même pour le moment une crise de croissance. Le ministère a du mal à suivre, à répondre à la demande. Il doit, à chaque rentrée, refuser des inscriptions. Les professeurs manquent, même si maintenant on trouve des classes de chinois dans toutes les académies. La toute dernière à s’y être mise est la Corse en septembre. "Nous avons 500 professeurs à ce jour. Malheureusement seulement un tiers sont des titulaires. Tous les autres sont des contractuels qui n’ont pas eu la même formation, qui n’ont pas passé les concours. Il faut que cela évolue, mais cela prendra forcément du temps. Nous avons été surpris par l’évolution des inscriptions. C’est la rançon du succès", reconnaît Joël Bellassen.

Le chinois est désormais la cinquième langue la plus apprise dans l’Hexagone, devant le russe et le portugais. Il pourrait dépasser l’italien. Environ 1700 élèves l’apprennent aussi à distance, par le CNED. La France est l’un des pays où l’on apprend le plus le chinois. Les Pays-Bas, l’Allemagne et l’Italie s’inspirent d’ailleurs de nos programmes.